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Elise Massicard

Citation :

Massicard, Elise (2005) 'Politiser la provenance. Les organisations d?originaires de Sivas à Istanbul et Ankara', European Journal of Turkish Studies, Thematic Issue N°2 , Hometown Organisations in Turkey, URL : http://www.ejts.org/document362.html

To quote a passage, use paragraph (§).

Politiser la provenance. Les organisations d?originaires de Sivas à Istanbul et Ankara



Abstract

This paper aims to disentangle the relationship between hem?ehri organizations and politics, going beyond issues of vote catching and electoral negotiations. It focuses on Sivasl? organizations in Istanbul and Ankara, which like the Sivas province itself, are very dissimilar. Despite their apolitical image, some hem?ehri organizations - more openly on the province or sub-province scale, but in some cases even on a village scale - have been political channels. Links with hem?ehri associations can be functional for political organizations and projects, enabling them to mobilize. For hem?ehri leaders, engaging in politics can also make sense career-wise, which is demonstrated by the numerous key-players involved in both hem?ehri and openly political organizations. Yet, the relationship between hem?ehrilik and politics remains partial, ambiguous and illegitimate.

Full text

Cette contribution s?interroge sur les processus de politisation des organisations de hem?ehri en Turquie, pourtant réputées apolitiques. Jusqu?à présent, les passages et articulations de ces organisations au politique ont principalement été conçus en termes de poids électoral et de clientélisme, donc dans le cadre de la politique institutionnelle et partisane (Schüler 1998 ; Kurto?lu 2004). Or, il nous semble que celle-ci n?épuise pas la question de la politisation du hem?ehrilik, que les articulations sont plus diverses et existent également avec d?autres formes d?engagement ou de mobilisation sociale ou politique.

[2] Pour répondre à cette question, nous nous appuierons sur l?étude des organisations de Sivasl? à Istanbul et Ankara. Le choix de Sivas se justifie par deux raisons principales : d?une part, ce département1 est emblématique de l?exode rural en Turquie : il s?agit du département qui a connu le plus d?émigration en valeur absolue, ce qui s?explique entre autres par sa taille. Les migrants de Sivas représentent le groupe de non-stambouliotes le plus nombreux à Istanbul (Öztürk 1999, Pérouse 2005). Selon les données du ministère de l?Intérieur, les associations de hem?ehri les plus nombreuses à Istanbul sont celles de Sivasl?2. D?autre part, cette région connaît des clivages forts ? principalement confessionnel (entre sunnites et alévis), linguistique et politique - (Massicard 2001) ; elle permet donc de poser de front la question de la politisation de ces organisations.

[3] Cette contribution n?est pas le produit d?une enquête spécifique. Les données sur lesquelles elle s?appuie ont été récoltées lors de deux recherches de terrain : l?une, effectué dans le cadre d?un doctorat (1999-2002) consacré au mouvement aléviste (Massicard 2002) ; l?autre était un travail d?envergure plus réduite sur l'inscription de la région de Sivas dans la République de Turquie (Massicard 2001). Ces deux recherches ont abordé les organisations de hem?ehri ; cependant, elles on été menées à partir d?autres questionnements, ce qui donne sans doute lieu à des biais dans l?appréhension de ces phénomènes3. Ce texte exploratoire, vise donc avant tout, à partir d?éléments observés, à formuler des interrogations et à proposer des pistes de recherche.

[4] Les organisations de hem?ehri en Turquie sont souvent considérées comme apolitiques. Leur objectif affiché est d?encourager l?entraide et la solidarité, et ce autour d?une provenance commune, d?un ?terroir?. Leur appellation manifeste cette double dimension : Dayan??ma ve Güzelle?tirme Derne?i (association de solidarité et d?embellissement) ; Sivasl?lar E?itim, Kültür ve Yard?mla?ma Vakf? (fondation d?éducation, de culture et d?entraide des Sivasl?). À travers le lien social qu?elles produisent et entretiennent, ces organisations sont destinées à dispenser des biens et à rendre service à la population, qu?elle ait migré ici ou soit restée là-bas, selon les cas. L?idée sous-jacente est qu?il faut se rassembler pour préserver la solidarité et défendre l?identité ou le développement local. Cette cause est en apparence détachée des enjeux politiques immédiats (élections, ?problèmes publics?). De ce fait, ces organisations ? ?échappent à la politique?, ou ?ne relèvent pas de la politique?, en tant que leurs objectifs et leur orientation effective (telle qu?elle ressort des pratiques et de leurs justifications par les acteurs) ne paraissent pas s?inscrire légitimement dans les finalités, les règles et les façons de faire de l?ordre politique spécialisé?, comme l?écrit Jacques Lagroye pour la plupart des activités humaines (2003 : 365).

[5] Cet apolitisme est du reste fréquemment affirmé par les intéressés eux-mêmes. Cette prise de distance s?explique tout d?abord par des contraintes légales : associations et dans une moindre mesure fondations se sont longtemps heurtées à l?interdiction légale d?avoir une quelconque activité politique, sous peine de dissolution4. En outre, ces organisations, dans lesquelles cohabitent des membres et des cadres aux orientations la plupart du temps fort différentes, ne peuvent ?tenir? qu?au prix d?une démarcation avec les affaires politiques. D?une manière plus générale, les cadres des organisations de hem?ehri sont pris dans de multiples contraintes qui les incitent à se distancier publiquement de la politique, entendue comme pratique concurrentielle visant à l?exercice du pouvoir (Siméant 2003 : 183). En Turquie, la politique (siyaset) est largement comprise comme le lieu de la compromission, de l?opposition et du conflit, à plus forte raison depuis la période de la ?terreur? - voire de guerre civile larvée - à la fin des années 1970, puis de la ?dépolitisation? musclée qui a suivi le coup d?Etat de 1980. Dans ce contexte, la neutralité, le caractère moins clivant que les causes politiques, voire l?apolitisme sont les conditions de légitimité de ces organisations (Siméant 2004 : 183).

[6] À plus forte raison, cette démarcation est une condition de la légitimité de toute cause faisant référence à un territoire infra-national, ce qui renvoie à la construction sociale de ce dernier en Turquie. Le territoire infra-national n?est légitime que dans une vision apolitique et quelque peu folklorique, qui se rapproche de l?acception française du ?terroir? (Sauner-Nebio?lu 1995). Dans un cadre fortement unitaire, la seule politique légitime est nationale, et le ?local?, comme tout ce qui est infra-national, est largement considéré comme apolitique ; les circonscriptions sont purement administratives et ne sont pas censées avoir de contenu politique et d?identité marquée5. Le territoire ne doit pas être politisé ou revendiqué, au risque de tomber dans le séparatisme honni ou, plus communément, dans la catégorie stigmatisée du bölgecilik, ?régionalisme? qui implique l?opposition d?intérêts des uns contre ceux des autres. De ce fait, le hem?ehrilik n?est légitime que s?il désigne une solidarité et une valorisation du terroir, et non s?il est construit en revendication ou en cause susceptible de contribuer à la formation de clivages.

[7] Cependant, de nombreux observateurs s?accordent pour reconnaître une dimension politique aux organisations de hem?ehri, principalement sous l?angle des liens avec la politique partisane. En effet, ces groupes réunis autour de causes non politiques sont néanmoins susceptibles de peser sur les enjeux électoraux et partisans. Les études se concentrent alors sur le rôle de ces organisations dans la mobilisation de l?électorat originaire d?une région - à partir notamment de l?analyse des pratiques de campagne -, ou encore sur les liens entre les élus et les organisations de hem?ehri de la région dont ils sont originaires, à travers par exemple la canalisation de ressources (Schüler 1998 : 299-323 ; Kurto?lu 2004 : 202 s.).

[8] Ce phénomène est largement conçu comme une ?instrumentalisation? des organisations par les partis, ou des partis par les organisations désirant faire avancer leurs intérêts. Loin de considérer ces logiques comme extérieures à la mobilisation, l'instrumentalisant ou la court-circuitant en quelque sorte, bref comme une intervention indue de l'extérieur, illégitime et à ce titre non digne d'analyse, nous les considérons comme partie intégrante et indissociable de ces mobilisations, permettant d'expliquer ses formes et ses dynamiques.

[9] Ici se dessine l?ambiguïté fondamentale que cache cet apolitisme affiché : l?une des caractéristiques de ces organisations est leur multifonctionnalité et la variété des finalités qui leur sont assignées de manière simultanée, caractéristique du reste constitutive des organisations de migrants en général (Kurto?lu 2000 : 312). Notre hypothèse est qu?elles peuvent devenir des bases de politisation, comprise comme ?la constitution d?un rapport au politique se déclinant à la fois sur le mode de la connaissance, de l?évaluation et de l?intérêt, et qui peut soit précéder soit découler de l?activisme au sein d?associations? (Siméant 2003 :169).

[10] Ya?ar Nar? (1999) souligne que le nombre d?associations de hem?ehri s?est considérablement accru après 1983 ? même si certaines sont antérieures et peuvent remonter aux années 1950 - et avance l?hypothèse selon laquelle, jusqu?au coup d?Etat de 1980, les migrants se réunissaient davantage dans des partis politiques et syndicats. Après cette date, les restrictions très fortes pesant sur la vie politique et syndicale auraient ouvert la voie à la création d?associations de hem?ehri. En termes de trajectoires personnelles des cadres, cette hypothèse se vérifie dans un nombre appréciable de cas. Selon certains de leurs membres, les associations de hem?ehri ont servi d?ersatz ou de refuge aux militants dans les années dites de ?dépolitisation? consécutives au coup d?Etat. Ainsi, une ancienne responsable du S?DAD - Sivas Dayan??ma Derne?i, association de solidarité de Sivas - explique-t-elle : ?Il y avait [dans les années 1980] un besoin de former un environnement social pour tous les gens qui avaient été actifs en politique avant le coup d'Etat. Ils se sont retrouvés dans les organisations de la société civile après 1980, et ce sont notamment les associations de hem?ehri qui ont joué ce rôle?6. Il ne faut pas exclure l?hypothèse qu?ait eu lieu dans cette période un processus de redéfinition des rapports entre secteurs associatif hem?ehri et politique, de politisation de certaines de ces associations, parallèlement à la venue de militants issus d?organisations partisanes ou fortement idéologisées interdites. Il convient en tout état de cause d?analyser plus avant les rapports entre ces secteurs.

[11] Cette politisation dépend-elle du niveau de l?organisation hem?ehri ? Comme l?indique la citation précédente concernant une organisation de département, elle est plus visible dans les organisations aux niveaux supérieurs, sur une base large (département (il), arrondissement (ilçe) ou espaces n?ayant pas d?existence administrative) ; mais elle semble également concerner certaines associations de village et leurs regroupements.

[12] Au niveau du département, on distingue pour Sivas deux grandes organisations, toutes deux basées à Istanbul7. La première, le S?DAD, est une grande association fondée en 1986 qui a eu jusqu'à sept antennes à Istanbul et plus de 1 000 membres au début des années 1990, avant de connaître une perte de vitesse. D?orientation sociale-démocrate, elle propose des activités culturelles et sociales. La seconde est une puissante fondation, le Sivasl?lar E?itim Kültür ve Yard?ma?ma Vakf?, créée en 1996, qui a quatre antennes à Istanbul et environ 200 membres8. Son directeur est également propriétaire d'un quotidien local, Bizim Sivas (notre Sivas). Ouvertement liée à la droite religieuse et nationaliste, cette fondation est active dans la culture, l?éducation (distribution de bourses, foyer d?étudiants), le social (distribution de nourriture, de biens ou de services), et sert d?intermédiaire avec les pouvoirs publics9. Les relations entre ces deux organisations sont peu suivies et plutôt mauvaises. À ce niveau de il, les organisations sont notoirement politisées, bien que rien dans leur nom ne le laisse deviner.

[13] Les organisations constituées sur la base de l?arrondissement d'origine sont-elles moins politisées ? Certaines semblent se tenir plus à l?écart des luttes partisanes et idéologiques. Cependant, ce constat ne saurait être généralisé. Ainsi, l?association culturelle de Divri?i (Divri?i Kültür Derne?i) à Istanbul, fondée en 1952, qui a une branche à Divri?i, ne cache pas son orientation sociale-démocrate ; on y trouve des journaux de gauche tels At?l?m ou Vatan et elle organise des manifestations, par exemple pour la paix10. De même, la neutralité de l?association culturelle et de solidarité de Divri?i (DKDD) Divri?i Kültür ve Dayan??ma Derne?i), fondée en 1957 à Ankara 11, est d?autant plus douteuses qu?y ont adhéré collectivement des cadres et membres du TBP (Parti de l?Unité de la Turquie) social-démocrate et à connotation alévie, dont le directeur était originaire de Divri?i, lors de son interdiction en 1980 ; on pourrait multiplier les exemples.

[14] Qu?en est-il au niveau des organisations de village ? La politisation y est moins évidente, mais semble sous-jacente dans certains cas. Ainsi le directeur d?une association de village m?expliquait-il que ?les associations de village font souvent figurer dans leurs calendriers des photos de leur village, ou des lieux importants, comme les tekke [couvent de derviches] ; mais nous, comme nous sommes atatürkistes12, nous avons préféré mettre des photos d?Atatürk?13. La question est dès lors de savoir si Atatürk est un symbole consensuel de ?nationalisme banal? (Billig 1999) ou un signe politique, interrogation semblable à celle de Copeaux et Mauss-Copeaux au sujet du drapeau turc (1998). La seconde hypothèse nous semble plus probable dans le cadre très polarisé de Sivas où la République même est sujet à contestation14, comme le laisse d?ailleurs entendre cet extrait d?entretien.

[15] Un autre indice confirme l?hypothèse de la politisation de certaines organisations de village : depuis les années 1990, des projets qui se veulent plus larges que l?entraide, et ayant une dimension politique assumée, prennent leur source dans des regroupements d?associations de village. C?est ainsi qu?en 1994 à Okmeydan? - quartier périphérique d?Istanbul -, une vingtaine d?associations de village alévis de Hafik, un arrondissement de Sivas ? concentration imputable à la migration en chaîne - se rassemblent pour former une organisation alévie, qui se rattache ensuite à la fédération nationale Hac? Bekta? Veli. De même, environ 70 associations de village des circonscriptions de Sivas, Kayseri et Yozgat, traversées par le fleuve K?z?l?rmak, décident en 1993 de coopérer dans une organisation plus vaste pour promouvoir des projets sociaux et culturels : ?Nous avons des revendications propres concernant par exemple l?abolition des cours de religion dans les écoles. C?est pour avoir plus de poids dans ces revendications que nous nous regroupons?15. Cette vision commune, de coloration sociale-démocrate, s?exprime notamment à travers des activités dans les domaines du social et de l'éducation. K?z?l?rmak coopère régulièrement avec les syndicats et les organisations alévistes, et participe notamment aux manifestations comme celle du premier mai. Une autre illustration de ce type de regroupement ouvertement politisé d?organisations de village est ? pour sortir de Sivas - l?association KAYY-DER (Ki??, Karakoçan, Adakl?, Yayladere ve Yedisu ?lçeleri Sosyal Yard?mla?ma ve Kalk?nd?rma ve Kültür Derne?i ; association d?entraide sociale, de développement, culturelle des arrondissements de Ki??, Karakoçan, Adakl?, Yayladere et Yedisu16), fondée en 1990 et basée à Istanbul, qui rassemble environ 200 associations de villages en grande majorité alévis et kurdes. Lors de la célébration des douze ans d?existence de l?association étaient présents des cadres de différents partis ? ce qui est le cas pour toutes les organisations de hem?ehri ? mais avec une sur-représentation patente du parti nationaliste kurde HADEP. Dans son discours d?ouverture, le directeur de l?association a déclaré que la culture et l?identité kurdes devaient être protégées par la loi. Il a en outre revendiqué le droit à l?éducation et la publication en kurde, l?abolition des cellules carcérales d?isolement, et la nécessité d?une amnistie générale17. Le British Council qualifie même cette association d?organisation active dans le domaine des droits de l?homme. On est bien loin ici du registre apolitique du self-help?

[16] La politisation des organisations de hem?ehri ne se limite donc pas aux niveaux supérieurs, mais peut s?étendre aux organisations de village dans certaines conditions, qu?il reste à éclaircir. En outre, bien qu?il n?existe aucun lien formel entre ces organisations de niveaux différents, elles entretiennent des liens et coopèrent occasionnellement, ici encore largement selon des lignes politiques. Ainsi, à la question de son éventuelle coopération avec des organisations d?arrondissement et de village, le directeur du Sivasl?lar Kültür ve Yard?mla?ma Vakf? répond : ?Oui, nous travaillons avec la fondation de Zara et l?association de Hafik?, n?en mentionnant que deux parmi beaucoup plus existantes. Il précise ensuite, au sujet des relations entre sa fondation et les associations de village : ?Nous les aidons pour leurs activités culturelles, ils sont demandeurs. Même si nous n?avons pas de relation officielle, on peut considérer que nous sommes une forme de confédération.?18 Pour preuve, dans l?agenda de Sivas que cette fondation publie et diffuse, figure une liste des organisations de Sivasl? à Istanbul avec notamment de nombreuses associations de village. Cependant, cette ?confédération? ne rassemble pas tout le monde : beaucoup d?organisations de villages alévis ne sont pas mentionnées dans cette liste, ce qui renvoie probablement à l?absence de coopération, voire de toute relation entre ces dernières et la fondation marquée à droite, à travers laquelle on peut lire un clivage politique.

[17] Kurto?lu explique l?existence de plusieurs organisations de hem?ehri pour un même département par des stratégies d?élites : les entrepreneurs préfèrent former un ensemble indépendant plutôt que de se fondre dans un regroupement qu?ils ne maîtrisent pas et à partir duquel ils ne pourront rien monnayer dans l?arène politique, étant entendu qu?il faut être ba?kan (dirigeant) d?une organisation quelconque pour pouvoir être reçu chez un maire ou monnayer quoi que ce soit avec un parti (2000 :318). Dans notre cas, cette explication se vérifie pour le DKDD d?Ankara, indépendant du DKD d?Istanbul (qui a une filiale à Divri?i) : même si elles organisent parfois des activités en commun et ont des orientations proches, ces organisations fonctionnent différemment et n?ont pas développé d?articulation formelle.

[18] Cependant, le rapide tableau des organisations de hem?ehri que nous avons esquissé plus haut semble indiquer que ce sont les clivages sur des bases idéologiques, mais aussi confessionnelles ou ethniques, qui expliquent en grande partie le caractère fragmenté des organisations de hem?ehri de Sivas. Ainsi, le S?DAD ne s'adresse pas à tous les originaires de Sivas. Selon une ancienne responsable, ?il y a deux grands groupes, il y a ceux qui sont orientés plus vers la religion, et d'un autre coté il y a les alévis. Bon, le S?DAD représente le groupe alévi, de gauche?19. De même, l?association K?z?l?rmak coopère étroitement avec certaines organisations alévies et son directeur a été élu en 1999 à la direction du Alevi-Bekta?i Temsilciler Meclisi (Assemblée des Représentants alévis-bektachis). De fait, on s?aperçoit vite qu?elle ne regroupe que des villages alévis et turcs, même si les responsables se défendent de toute discrimination : ?nous ne faisons pas de différence et souhaitons travailler avec tout le monde, mais en fait il y a peu de villages sunnites dans la région et ils ne sont pas très partants pour s?intégrer parmi nous. Par contre, nous avons aussi des villages kurdes, mais ce sont des villages kurdes assimilés, ceux qui ont un peu perdu leur identité kurde. Les villages kurdes un peu nationalistes ne désirent pas participer non plus. De même, les villages tcherkesses ne participent pas20, ils sont un peu à l?écart.?21 Il existe d?ailleurs au sein de l?association un conflit à ce sujet : doit-elle être un regroupement régional (auquel cas il faudrait intégrer les villages sunnites), ou politique ?

[19] De ce fait, la base territoriale de ces associations semble parfois secondaire. Différentes organisations politiquement proches, de même niveau ou de niveaux différents, coopèrent de manière plus ou moins formelle, plus ou moins ponctuelle. Elles dépassent ainsi la référence au territoire. Au milieu des années 1995, les associations d'?mranl?, de Tunceli et de Divri?i se rassemblent ainsi dans une ?plate-forme des associations Koçgiri?22, structure de coordination sur des questions de politique générale. Concrètement, il s?agissait d?agir en commun face aux opérations armées qui s?étendaient à la région, et dans lesquelles les villageois notamment kurdophones et alévis se retrouvaient pris entre les feux du PKK et ceux de l?armée (Massicard 2001 : 9-12). Il arrive aussi que ces organisations co-organisent certains projets avec des organisations à caractère politique assumé23. Ces regroupements constituent donc un vecteur qui permet de mobiliser les groupes au-delà du terroir. La provenance peut ici être considérée comme l?un des canaux à travers lesquels des groupes réduits peuvent être reliés à des projets politiques plus généraux. Ces regroupements sur une base politique jouent donc comme des vecteurs de ?montée en généralité?. Ce faisant, elles dépassent des limites assignées à leurs activités ?non politique?, dépassement qui découle d?une réflexion des acteurs sur les objectifs assignés à leur action (Lagroye 2003 : 366).

[20] Ce dépassement s?apparente parfois à un détournement. Ainsi, le DKD organise des manifestations (concerts etc.) auxquelles participent plus du double du nombre de ses membres. ?Il n?y a pas que nos membres qui viennent à nos manifestations et pas seulement, non plus, des gens de Divri?i ; c'est ouvert?24. De même, ceux qui viennent à l'association ne sont pas seulement originaires de Divri?i. Mais selon le règlement, seuls les originaires de Divri?i peuvent être membres. Les autres peuvent être fahri üyeler (membres honoraires), ils n'ont pas le droit de vote ni celui d'être élu, mais ils peuvent participer aux activités. Ils constituent environ 13% des membres. Ils viennent ?parce qu'il y a une ambiance, un milieu qu'on ne retrouve pas ailleurs, même pas dans la plupart des associations. Bon, nous avons un statut d'association, et les activités politiques des associations sont limitées. Nous sommes attachés à Divri?i, mais toujours avec le souci de parler et de thématiser les problèmes plus larges?25. De la même manière, pour le S?DAD, qui ne s'adresse pas qu'aux Sivasl? : ?Il n'y avait pas que des Sivasl?. Simplement, les membres de la direction doivent être de Sivas. Mais chacun entre et sort librement?26. La référence au lieu d?origine peut donc cacher une autre identité ou une autre cause. Les organisations de pays constituent un cadre de mobilisation relativement neutre et permettent de transformer des liens a priori suspects en simples solidarités géographiques. Dans certains cas, les associations peuvent avoir l?étiquette hem?ehri mais fonctionner en fait comme l?expression d?identités stigmatisées ou légalement interdites (alévie ou kurde). On peut ici parler de politisation non plus par dépassement, mais par détournement de finalités et de dispositifs de l?action collective (Lagroye 2003 : 365).

[21] Dans les deux cas, la dimension idéologique se matérialise souvent par une activité de publication, qui sort de ce fait de la sphère d?interconnaissance, et n?est pas le fait de toutes les organisations de hem?ehri. Ainsi, KAYY-DER publie depuis 2000 le journal de gauche Kültürlerin Sesi? Anadolu?nda yasam [La voix des cultures? la vie en Anatolie] ; K?z?l?rmak publie une revue27. Pour faire des annonces publiques, par exemple pour les activités qu?elle organise, cette association s?adresse aux radios connues pour leur coloration de gauche28. De leur côté, ces radios ou revues ? souvent ?communautaires? ou politiquement orientées - diffusent des annonces des activités des associations de villages (le traditionnel pique-nique, pilaf, ou la soirée annuelle) selon leur orientation politique, gratuitement ou à moindre coût, car ?c'est important, nous les considérons comme organisations de la société civile?29.

[22] Quelles sont, dès lors, les logiques de politisation des organisations de hem?ehri ? Nous en distinguerons ici deux types : les raisons des organisations politiques de passer par des organisations de hem?ehri pour mobiliser, et les logiques des entrepreneurs sociaux hem?ehri oeuvrant pour ce type de passage et de ?requalification? (Lagroye 2003).

[23] Ces regroupements ou articulations témoignent de tentatives de mobilisation de groupes et réseaux déjà constitués. Quel est dès lors l'intérêt de mobiliser en passant par des associations de pays ? Celui-ci est évident en termes d?implantation. Dans son étude sur trois quartiers d?Ümraniye, Sema Erder note que, si presque tous les migrants entretiennent des relations avec des hem?ehri (définis différemment selon les cas), environ 60% maintiennent des liens avec leur lieu de naissance et 75% avec une association de hem?ehri (1996 : 109-111). Le responsable de l?association explique en termes très pragmatiques le potentiel de mobilisation des organisations de village : ?Nous mobilisons plus qu?un parti, puisque dans les associations de village il y a au moins un membre par foyer (hane), c?est obligatoire. En général, il s?agit du chef de famille, mais si celui-ci est policier ou fonctionnaire, il n?a pas le droit de s?engager dans de telles associations, alors c?est sa femme qui est membre, ou bien son fils. De même, il n?y a pas de limitations à être membre comme dans un parti où il faut avoir au moins vingt ans, mais au contraire tout le monde participe, chacun à sa manière, de la naissance à la mort.?30 Le directeur d'une association de village membre de K?z?l?rmak explique ?toutes les personnes originaires du village sont membres, au moins une personne par famille. Et chaque membre paye une cotisation annuelle, qui est plus élevée pour ceux qui résident à l?étranger?31. Le caractère presque obligatoire de l?adhésion fait de ces organisations des ?réservoirs? de mobilisation.

[24] Une ancienne responsable du S?DAD éclaire à son tour les raisons de ce potentiel de mobilisation : ?dans les associations de village, il y a une pression plus forte: on ne peut pas ne pas donner, il faut faire comme les autres, voire plus que les autres?32. Or, ce contrôle social n?est pas réductible aux organisations de pays, mais s?étend à l?interconnaissance dans son ensemble. Ainsi, pour financer l'achat d'une église et la transformer en cemevi, une association alévie de Berlin devait rassembler une somme considérable. Sa direction a constitué des équipes pour récolter les dons en faisant du porte-à-porte. Mais ces équipes ne sont pas composées au hasard : il s'agit d'équipes de hem?ehri, composées de personnes importantes, connues. Une équipe de Malatyal? ira chez les Malatyal?, ceux de Sivas chez les Sivasl?... Ils se connaissent : les sollicités pourront donc difficilement refuser, de peur de perdre la face33. Ceux qui refusent de donner sont immédiatement ostracisés, non seulement de l?association, mais des cercles d?interconnaissance, ce qui est bien plus grave : ?qu'as-tu fait pour l'alévité ? Rien ? Alors pourquoi viens-tu ici ??34. L'interconnaissance et le contrôle social jouent ici comme canaux d'obligations qui favorisent la mobilisation. Or, loin de toujours préexister aux structures organisationnelles, l?interconnaissance entre hem?ehri est souvent entretenue, voire créée, par les organisations.

[25] Ainsi, passer par les organisations de hem?ehri permet de joindre en nombre des personnes prises dans des liens d?obligation, et d?importer dans des projets ou causes plus larges des énergies agrégées au sein d?organisations tenues en apparence hors de la politique. Pour Antony Obershall, un facteur de mobilisation fondamental est l?organisation préalable du groupe (celle-ci pouvant prendre deux formes, communautaire ou associative). Les communautés ?produisent également les liens horizontaux et les sentiments de solidarité à l'intérieur de la collectivité qui peuvent être activés pour la poursuite de buts collectifs et la formation de groupes de conflits. [?] Loin d'empêcher la mobilisation, l?organisation préexistante du groupe contribue à la motivation à la participation, dans la mesure où elle fournit à la fois un réseau de communications préétabli, des ressources déjà partiellement mobilisées, la présence d'individus ayant les compétences de leaders et une tradition de participation parmi les membres de la collectivité? (Obershall 1973 : 119, 124). Un principe qu?ont bien compris les cadres de la fédération alévie-bektachie35, quand elle lance fin 2004 une pétition pour la reconnaissance du statut de lieu de culte aux cemevi. ?Question : Combien de signatures avez-vous récolté ? Réponse : À Okmeydan?, environ 3 000. Q : Mais c'est la fondation d?Okmeydan? [la branche stambouliote de la fédération alévie-bektachie] qui organise cela ? R : Non, c'est la fédération directement. Mais nous avons fondé un bureau à la fondation [d?Okmeydan?]. J'ai écrit à toutes les associations de village pour les associer, car elles sont plus près des membres, elles connaissent tout le monde. On a fait une réunion avec elles?36. Cette même fédération alévie-bektachie étudie la possibilité d?intégrer en son sein, outre les organisations alévistes37, les associations de village alévi38.

[26] Pour autant, la mobilisation à partir d?une organisation de pays n?est pas automatique, et il serait simpliste de naturaliser ce lien (Fliche 2005a). S?il est vrai que les organisations de hem?ehri sont une destination relativement prisée par les candidats en campagne électorale, c?est probablement davantage au regard de la rareté des canaux de médiation que d?une efficacité prouvée. Derrière l?image d?une clientèle ?captive? qu?entretiennent les organisations de hem?ehri elles-mêmes, se dessinent cependant des réalités plus complexes. En effet, qui dit interconnaissance dit aussi conflit ; l?engagement du voisin peut aussi constituer un facteur de dissuasion à l?engagement. En témoignent ces inimitiés entre familles et personnalités concurrentes d?un village de Tokat : ?Question : Mais il [le rival] est présent dans l'association de hem?ehri ? Réponse : Non. Partout où je suis, ils ne viennent pas. Quand je suis allé au village cet été [?] son père est parti ! J'avais annoncé ma venue. [?] Son père est parti pendant plus d'une semaine !?39.

[27] C?est ainsi que des associations de village peuvent se retrouver prises dans des regroupements, projets ou orientations politiques, alors même que l?on constate en leur sein de nettes différentiations ? au moins des comportements électoraux. Il va en effet de soi que ce sont non les villages dans leur ensemble, mais des entrepreneurs sociaux qui mobilisent et oeuvrent à ces regroupements. À l?instar de Johanna Siméant, rappelons que ?les groupes ne se mobilisent pas. Ils sont mobilisés et constitués, par des entrepreneurs, qui pour certains vont se faire les porte-parole d?une population dont ils ne partagent pas toutes les caractéristiques [?] Quand bien même ils en partageraient toutes les caractéristiques, leur situation de porte-parole les place à part de la population des mobilisés en les dotant de rôles sociaux spécifiques puisqu?ils supposent des visions et des intérêts propres? (Siméant 1998 : 53). Il faut donc s?attacher à identifier les agents disposés à effectuer ces articulations et requalifications, à considérer leurs intérêts et leurs raisons d?agir.

[28] Notons tout d?abord qu?il ne s?agit pas forcément de personnes spécialement attachées à leur village ou région d'origine, ni qui y vont souvent. Une responsable du S?DAD avoue ainsi : ?Je suis stambouliote depuis 35 ans maintenant et suis allée pour la dernière fois au village il y a six ans. On se demande jusqu'à quel point nous sommes encore Sivasl?...?40. De même, l?étude de Kurto?lu sur les conseillers municipaux de Keçiören (Ankara) montre que la plupart d?entre eux sont actifs dans des organisations de hem?ehri, mais que leurs liens avec le terroir sont pour le moins différenciés : très suivis pour certains, beaucoup plus lâches pour d?autres (Kurto?lu 2004 : 208-216).

[29] Kurto?lu note en revanche l?importance des organisations de hem?ehri dans les stratégies d?ascension sociale ou pour atteindre des positions de leadership (Kurto?lu 2004 : 197). Elle remarque également que la plupart de ces conseilleurs municipaux sont multipositionnés, c?est-à-dire actifs simultanément dans plusieurs organisations de hem?ehri. Loin d?être des membres passifs, ils sont fondateurs ou membres de la direction d?au moins une de ces organisations. Celles-ci peuvent être de même niveau, mais sont plus souvent de niveaux différents. Plus le niveau de l?association s?élève, plus l?association est un lieu de concurrence politique, et moins ces individus ont besoin d?appartenir à une autre association. Ils ne sont jamais membres uniquement d?une association de village, qui ne constituent pas à elles seules des lieux d?ascension sociale (Kurto?lu 2000 ; 2004 : 198 s).

[30] Kurto?lu note que ces ?élites?, outre les organisations de hem?ehri, sont également affiliées à des partis politiques et à d?autres types d?organisation (Kurto?lu 2000 : 316-317), mais sans s?engager plus avant dans l?analyse de ce multipositionnement. Nous avons également constaté que le multipositionnement constitue une caractéristique centrale des profils et trajectoires de ces passeurs entre ?entreprises de causes? hem?ehri et politique. Ainsi de cet avocat qui s?engage socialement à partir du milieu des années 1990 : il s?engage dans le SHP puis CHP, où il occupe différentes responsabilités ; simultanément, il devient membre du DKDD (qu?il dirige durant deux mandats au début des années 1990) et, à partir de 1993, d?une association alévie (qu?il dirige à la fin des années 1990). Il est également actif dans les organisations professionnelles et culturelles. Loin de constituer une exception, ce type de profil nous semble caractéristique des entrepreneurs associatifs de ces regroupements hem?ehri et de ces articulations entre hem?ehrilik et projets politiques plus larges, qui opèrent des investissements croisés et des passages entre plusieurs registres - hem?ehri de différents niveaux, identitaire, politique, partisan, professionnel, syndical. Ce multipositionnement est une constante, probablement encouragée et valorisée dans certaines institutions ou réseaux d?institutions (Boltanski 1973 ; Fretel 2004). Nous n?avons pas pu étudier de manière systématique les profils de ces passeurs ; il est probable qu?en ressortirait, comme d?ailleurs pour la France, des caractéristiques sociales spécifiques (Héran 1988). Nous n?avons pas non plus pu analyser la chronologie et la temporalité de ce phénomène : ces multipositionnements sont-ils synchroniques ou diachroniques, et dans ce cas à quel moment intervient l?engagement dans le registre hem?ehri ? Nous nous contenterons ici de donner quelques indications à partir des personnes actives dans les regroupements politisés d?organisations de hem?ehri, et de proposer des pistes de réflexion.

[31] Quelles sont les logiques de ces multipositionnements dans les registres hem?ehri et politique ? Il nous semble que l?approche en termes de stratégies d?élites proposée par Kurto?lu est valable ici aussi. Les organisations de hem?ehri et notamment leur direction peuvent être constituées en tremplin pour accéder à des organisations de niveau supérieur et à des organisations ouvertement politiques. Dans le cadre de ces stratégies d?ascension, on retrouve une hiérarchie entre organisations, comme le montre ce médecin de Divri?i basé à Ankara, propriétaire d?une radio, membre du CHP et qui tente une entrée en politique municipale et nationale : ?Question : êtes-vous membre du DKDD ? Réponse : Oui, mais je me déplace à un niveau plus élevé, je joue plus haut, vous comprenez ? Je ne vais pas être candidat pour diriger cette association. Nous avons des objectifs plus élevés. Donc je suis membre, pas particulièrement actif ; ce sont ceux que nous soutenons qui sont élus, en général?41.

[32] Dans ce cadre, une logique centrale de multipositionnement semble être l?acquisition d?un portefeuille relationnel dense. Ce phénomène se comprend d?autant mieux si l?on considère l?importance en Turquie des liens pour faire aboutir toute démarche (Fliche 2005b). Certaines de ces organisations fonctionnent en effet comme des structures de notabilisation. Il en est ainsi du DKDD d?Ankara, dont tous les Divri?ili qui ont réussi à Ankara sont membres, qu?il s?agisse d?avocats, d?hommes d'affaires ou d?hommes politiques. Tous les députés issus de Divri?i, voire de Sivas, actuels ou anciens, en sont membres, et en ont souvent été présidents. Fondée sur l?étiquette et la reconnaissance sociale, cette organisation objective en quelque sorte le statut de certaines personnes ; elle a une fonction d?accréditation et de désignation des personnalités issues de telle ou telle circonscription susceptibles d?obtenir le soutien de leurs pairs et d?occuper des postes importants. Il s?agit ici d?obtenir la reconnaissance de ceux qui sont écoutés.

[33] Mais ce phénomène d?accumulation de capital social n?est pas spécifique au multipositionnement dans différents registres. Celui-ci revient à côtoyer des représentants de différents secteurs, donc à diversifier son capital social, à acquérir un rôle de médiation. Remarquons que les organisations de pays sont des lieux d?acquisition de compétences gestionnaires et relationnelles, d?animation, ensuite susceptibles d?être réinvesties ailleurs ; il existe une proximité importante entre les pratiques qui se déroulent dans les organisations hem?ehri et d?autres types d?organisation, y compris politiques, ce qui peut faciliter le passage d?un registre à l?autre. Les expériences antérieures d?engagement dans des luttes politiques peuvent ici être importantes. D?un point de vue individuel, ce passage peut prendre sens à partir de perspectives de réorientation de carrière. Dans ce cadre, le registre politique a une place particulière : le rôle de l?engagement associatif peut constituer une base d?action électorale et un tremplin pour une carrière politique. Soulignons également ici l?influence du système de scrutin (de liste) : c?est dans la grande majorité des cas la direction des partis politiques qui établit les listes candidats, pour toutes les circonscriptions, aux élections législatives comme locales, des consultations internes aux partis étant exceptionnelles. Dans ce cadre, les associations d?originaires, notamment celles qui sont établies à Ankara et à Istanbul, jouent un rôle de pont. La question du passage à des mandats locaux et nationaux de cadres d?organisations hem?ehri n?a, à notre connaissance, pas été traitée (voir cependant Hersant 2005), mais mériterait de l?être de manière systématique.

[34] Il serait cependant réducteur de limiter les raisons d?agir des vecteurs de politisation à des ambitions électorales. La politisation d?activités et d?organisations ?extérieures? au jeu politique peut paraître souhaitable à certains pour réaliser des ambitions très ordinaires : élargir le cercle des relations à des acteurs politiques influents pour atteindre plus facilement des objectifs ou encore entretenir la croyance en l?existence de soutiens qui, le moment venu, seront mobilisés. Ils peuvent également attendre de cette politisation d?autres types de profit en la constituant en ressource : reconnaissance de leur propre importance, acquisition d?une notoriété accrue, possibilité d?afficher des relations présumées influentes, et donc appréciées au sein de leur organisation, ce qui n?est pas négligeable en cas de conflit avec des rivaux. Enfin, ils peuvent attendre d?une inscription dans l?espace politique une plus grande visibilité des questions qu?ils prennent en charge ; ce ?recours au politique? est censé à leurs yeux apporter à leur action plus d?efficacité, mais aussi une légitimité accrue et une diffusion élargie auprès de publics intéressés ? ou ?intéressables? (Lagroye 2003 : 367-368).

[35] En retour, il est de bon ton pour les hommes politiques de soutenir (au moins verbalement) les organisations de hem?ehri, ce qui valorise leur propre rôle de recours et montre qu?ils se préoccupent de leur base : un ancien député CHP de Sivas déclare ainsi être en contact régulier avec les associations de hem?ehri et les soutenir : ?Quand ils ont des problèmes avec un organe officiel, ils font appel à moi?42. Cependant, pour les acteurs politiques ou ouvertement idéologiques, il convient parfois de maintenir ou de réaffirmer la frontière avec le hem?ehrilik, pour ne pas laisser courir de soupçons de favoritisme ou de bölgecilik et réaffirmer l?importance première de l?intérêt public, seule cause légitime. On regrette alors leur esprit de clocher ou le caractère bassement matériel et limité de leurs activités. Ainsi un membre du DKD d'Istanbul explique-t-il : ?les associations de village sont fondées plus pour cet objectif de solidarité, pour développer leur propre village, c'est beaucoup plus limité, l'esprit de clocher. Et aussi la dimension de café, de salon de jeu etc. est très développée dans ces associations. Ici, on ne joue pas  [?] Pour l'organisation des manifestations, nous faisons passer des annonces à tous les directeurs d'associations de village, et les invitons à se joindre à l'organisation, à participer aux réunions. Mais ils ne viennent pas beaucoup. La plupart n'ont pas envie de s'ouvrir vers l'extérieur, et s'en fichent de Divri?i en général?43. De même, une responsable du S?DAD qualifie les relations entre le S?DAD et les associations de village de ?bizarres? : ?les associations de village s'occupent d'accroître la solidarité dans un village, de lui fournir une infrastructure, etc. C'est tout ce dont ils se préoccupent. Ils organisent un ou deux pique-nique par an. Alors que nous essayions d?inscrire les problèmes politiques plus généraux de la Turquie à l?agenda. Et puis, ils ne peuvent pas tout faire?44.

[36] Pour finir, nous voudrions esquisser quelques-unes des conséquences de la politisation de ces organisations de hem?ehri. L?intrusion de préoccupations et d?objectifs relevant de la politique est largement perçue comme un danger pour la réalisation de leurs finalités. Elle suscite l?inquiétude, l?indignation, le refus (Lagroye 2003 : 365). Comment est gérée cette ambiguïté au jour le jour ?

[37] Tout d?abord, cette politisation est souvent partielle. Les ?passeurs? ont en effet conscience des risques attachés à l?éventuelle visibilité de leur complicité avec la politique : elle est susceptible de cliver fortement l?organisation ou ses membres, de faire perdre certains soutiens nécessaires aux finalités de l?organisation ou de provoquer des rumeurs concernant leur propre ?carriérisme?. Dans le souci de limiter ces effets négatifs, les passeurs requalifient dans le registre politique une partie seulement des finalités assignées à l?organisation, dans certaines circonstances, devant certains publics et à certains moments. Dans d?autres occasions, ils maintiennent ou mettent en avant la ligne de démarcation, l?ordre apparent des spécialisations et des séparations. Ainsi, la politisation n?est pas toujours explicite ni assumée ; la frontière même entre ces deux univers est un objet de luttes.

[38] Elle est souvent impulsée par la direction, parfois par une seule personne facilement identifiable ; non seulement tous les membres de l?organisation ne sont pas forcément d?accord, mais en outre ils ne sont pas nécessairement informés. Nous rejoignons ici les conclusions de Kurto?lu (2000) qui nuance et contextualise l?image d?un lien entre un groupe ou une organisation de hem?ehri et un parti politique. Fortement dépendant du type de concurrence à l?intérieur de l?organisation, ce lien peut s?avérer très volatile, en fonction stratégie des dirigeants. Le caractère seulement en partie volontaire de l?adhésion à ces organisations implique que beaucoup de membres, plutôt que de s?opposer ouvertement, sont de facto indifférents ou passifs ; ils se contentent de ce que la pression sociale les oblige à faire, sans suivre. Dans le modèle d?Albert Hirschman, un individu mécontent peut faire défection (exit) ou rester dans le groupe ; il a alors le choix entre la prise de parole (voice) - c'est-à-dire une participation protestataire pour modifier le fonctionnement de l'organisation ou les relations sociales dans un sens souhaité - et la fidélité silencieuse malgré tout (loyalty). Ce dernier cas peut cacher une apathie : ?l?apathie [?] n?ouvre pas le conflit et ainsi contribue à reproduire le contrôle social, mais provoque une détérioration de la coopération. Dans la mesure où il n?adhère plus à la fidélité de la relation, où il profite de son statut, où il en fait le moins possible, où il contribue peu ou mal à la réalisation des objectifs, où il ne prend plus d?initiatives visant à améliorer la qualité du produit de la coopération, l?individu apathique le détériore? (Bajoit 1988 : 332).

[39] On comprend mieux alors l?importante fluctuation dans l?activité et les membres de ces associations. Nombre d?organisations de hem?ehri connaissent des mouvements cycliques, restant parfois en veilleuse durant plusieurs mois ou années avant de renaître brusquement. Ces variations s?expliquent entre autres par les stratégies de mobilisation par des entrepreneurs dans des stratégies d?ascension sociale. Certains peuvent ainsi bâtir ou remettre sur pied des organisations laissées plus ou moins en jachère durant plusieurs années, les monnayer auprès de mouvements plus larges pour passer dans des sphères plus élevées, avant éventuellement de les délaisser à leur tour (Fretel 2004 : 69). Ainsi de ce cadre associatif : ?Je suis entré dans DKDD en 1991, deux mois avant de devenir directeur. Question : Comment êtes-vous devenu directeur aussi vite ? Réponse : Et bien en fait l'association est très ancienne, elle a été fondée en 1957. Et lorsque je suis arrivé les dirigeants étaient un peu las, ils ne faisaient pas grand-chose. Et il y avait un groupe de gens, avec lesquels nous avons formé une liste, qui étaient jeunes, tous diplômés de l?enseignement supérieur, souvent jeunes cadres dynamiques, qui avaient du succès, qui avaient leur propre entreprise et étaient appréciés de leur entourage. C'était sans doute aussi mon cas. Nous avons formé une belle liste, qui a bien plu. Et nous avons été élus.? 45

[40] Dans certains cas cependant, les précautions des passeurs et le recours à la passivité des mécontents ne permet pas d?éviter des conflits engendrés ou amplifiés par la politisation. Il peut s?agir de conflits entre ceux qui plaident ou agissent pour une politisation contrôlée et ceux qui veulent préserver le hem?ehrilik de la politique. Il peut s?agir aussi d?affrontements entre partisans d?orientations politiques opposées : ?Question : Vous avez une association de village ? Réponse : Oui, mais elle n'est pas très active. Le directeur s'est engagé dans la fondation CEM46 ; on va s?arranger pour le faire partir?47.

[41] Enfin, la politisation assumée peut conduire à l?invention de pratiques conçues comme indissociablement politiques et de terroir, dans lesquels le territoire devient symbole d?une identité, voire d?une orientation politique, phénomène particulièrement marqué dans le cas de Sivas (Massicard 2001). La référence à Sivas, même généralisée, n?est pas commune : alors qu?elle devrait réunir, elle contribue à cliver. Cette politisation peut devenir un frein aux objectifs premiers des organisations de hem?ehri, la solidarité et le développement local. Ainsi s?était formé au sein du S?DAD ? alors la seule organisation de il de Sivas à Istanbul - un groupe d?industriels de moyenne et grande envergure qui tentaient de trouver des emplois aux Sivasl? à Istanbul, et de faire pression pour le développement de la région de Sivas. Réalisant que cette option ouvertement politique lui enlevait des soutiens potentiels voire lui fermait des portes, ce groupe s'est ensuite détaché du S?DAD, optant pour se tenir à égale distance des organisations48. Mais ce passé est resté présent, et le Sivasl?lar E?itim, Kültür ve Yard?mla?ma Vakf? a constitué son propre groupe d?hommes d?affaires, visiblement de plus petite envergure, qui le soutient.

[42] Par la prégnance de ses clivages sociaux et politiques, Sivas est un cas particulier. Les phénomènes que nous avons observés ne peuvent donc pas être généralisés sans précaution à d?autres régions ni à la Turquie dans son ensemble. Cependant, cette analyse à partir de Sivas permet au moins de mettre en évidence certains phénomènes plus marqués qu?ailleurs, et de formuler des interrogations plus générales.

[43] Illégitimes notamment depuis les années 1980, les rapports des organisations des associations de pays au politique nous semblent cependant indissociables de l?articulation de certaines d?entre elles à la vie publique, et nécessaires à la compréhension de certains engagements et (multi-)positionnements. Ces rapports permettent de poser l?hypothèse d?un lien entre le degré d?insertion dans le hem?ehrilik et l?intérêt pour la politique au niveau individuel. L?engagement dans le champ politique reste cependant partiel, ambigu, et pas toujours assumé. Les usages politiques de ces organisations sont pluriels et méritent d?être étudiés de manière plus systématique.

[44] Au final, la politisation du hem?ehrilik pose la question de la sectorisation et des passages entre différents champs sociaux. Une approche en termes de trajectoires d?acteurs et de multipositionnement devrait permettre de comprendre sous une lumière nouvelle les rapports de pouvoir en Turquie, à différents niveaux.

Liste des abréviations

CHP : Cumhuriyet Halk Partisi, Parti Républicain du Peuple

DKD : Divri?i Kültür Derne?i, association culturelle de Divri?i

DKDD : Divri?i Kültür ve Dayan??ma Derne?i, association culturelle et de solidarité de Divri?i

KAYY-DER : K???, Karakoçan, Adakl?, Yayladere ve Yedisu ?lçeleri Sosyal Yard?mla?ma ve Kalk?nd?rma ve Kültür Derne?i ; association d?entraide sociale, de développement, culturelle des arrondissements de K???, Karakoçan, Adakl?, Yayladere et Yedisu

PKK : Partiya Karkaren Kurdistan, Parti des Travailleurs du Kurdistan

S?DAD : Sivas Dayan??ma Derne?i, association de solidarité de Sivas

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Notes
1 Pour rendre les termes des circonscriptions administratives, nous reprenons la terminologie de Bazin (1986).
2 Nous avons dénombré plus de 330 associations de village de Sivas à Istanbul seulement à partir des listes des interlocuteurs et de leurs organisations.
3 Comme la sur-représentation des organisations alévies et de gauche, évidente dans ce papier, qui ne doit cependant pas laisser croire qu?elles sont plus nombreuses, ou plus importantes, que les autres.
4 Ces interdictions ont été allégées par les réformes constitutionnelles de 1995, puis plus récemment dans le cadre des réformes d?harmonisation à l?Union européenne.
5 Il est révélateur que l?on parle au niveau local non de politique, mais d?administration (yerel yönetim).
6 Une ancienne responsable du S?DAD, Istanbul, 30/10/2000.
7 Si on exclut le Sivas Hizmet Vakf?, qui n?est pas une organisation de hem?ehri à proprement parler, mais qui entre dans la catégorie des fondations régionales créées par la préfecture (elle est présidé par le préfet de Sivas). Il s?agit en fait d?un organe semi-officiel de promotion de la région, de son image et des investissements qui peuvent y être faits. Son siège est à Sivas, et elle a une branche à Istanbul.
8 Il va de soi que le nombre de membres n?a pas le même sens selon qu?il s?agit d?une association ou d?une fondation.
9 Entretien avec le directeur du Sivasl?lar Kültür ve Yard?mla?ma Vakf?, Istanbul, 23/10/2000.
10 L?association regroupe 4 000 membres, et sa revue, Divri?i Harman?, tire à 1 000 exemplaires.
11 L?association regroupait 600 membres au début des années 1990.
12 Par rapport à kémalisme, le terme ?atatürkisme? désigne un attachement non seulement aux idées, mais à la personne même d?Atatürk.
13 Un directeur d?association de village de Sivas à Ankara, Ankara, 17/09/1999.
14 ?C?est ici que la République a été fondée, c?est ici qu?elle sera détruite? est l?un des slogans de la manifestation du 2 juillet 1993 contre un festival culturel d?orientation laïque et de gauche, qui a entraîné la mort de 37 personnes ; cet événement marque les mémoires jusqu?à aujourd?hui, notamment des gens de Sivas.
15 Directeur de l?association K?z?l?rmak, Ankara, 22/09/1999.
16 Arrondissements du département d?Elaz?? pour les deux premiers, de Bingöl pour les trois derniers.
17 ?KAYY-DER 12. y?l?n? kutlad??, Özgür Politika, 10 juin 2002. URL : http://www.ozgurpolitika.org/2002/06/10/hab04.html
18 Entretien avec le directeur du Sivasl?lar Kültür ve Yard?mla?ma Vakf?, Istanbul, 23/10/2000.
19. Une ancienne responsable du S?DAD, Istanbul, 30/10/2000.
20 Ceux-ci ont en effet leurs propres réseaux associatifs (Toumarkine 2000).
21 Directeur de l?association K?z?l?rmak, Ankara, 22/09/1999.
22 Ancien directeur de DKD, Ankara, 16/11/2000.
23 Voir, pour les manifestations pour la paix organisées le 1er septembre 2004 par des syndicats de gauche, des partis de gauche et nationaliste kurde, des organisations culturelles, sociales et politiques, mais aussi des organisations de hem?ehri comme KAYY-DER, DKD à Istanbul et l?association de hem?ehri de Tunceli. http://www.bianet.org/php/yazdir.php?DosyaX=../2004/08/30/41592.htm
24 Un membre de la direction de DKD, Istanbul, 13/09/2000.
25 Un membre de la direction de DKD, Istanbul, 13/09/2000.
26 Une ancienne responsable du S?DAD, Istanbul, 30/10/2000.
27 La revue K?z?l?rmak, qui tire à environ 3 000 exemplaires, est distribuée uniquement aux membres par l'intermédiaire des associations de village.
28 Observation, locaux de l?association K?z?l?rmak, Ankara, 13/11/2000.
29 Une responsable de la programmation de Bar?? Radio, Istanbul, 28/09/2000.
30 Directeur de l?association K?z?l?rmak, Ankara, 22/09/1999.
31 Un directeur d?association de village de Sivas à Ankara, Ankara, 17/09/1999.
32 Une ancienne responsable du S?DAD, Istanbul, 30/10/2000.
33 Un membre de l'association, Berlin, 12/08/2001.
34 Un observateur, Berlin, 28/06/1999.
35 Le bektachisme est une confrérie soufie ; nombre de croyances et rituels alévis et bektachis sont proches. En outre, il existe un lien organisationnel entre le bektachisme et une partie des alévis.
36 Un responsable d?Istanbul de la fédération alévie-bektachie, ancien cadre de la fondation Hac? Bektas Veli d?Okmeydan?, Istanbul, 28/10/2004.
37 L?alévité désigne l?appartenance transmise. En revanche, l?alévisme désigne la mobilisation au nom de l?alévité, qui l?érige en cause.
38 Déclaration d?un cadre de la fédération alévie-bektachie dans une réunion avec des dirigeants d?organisations, notamment de hem?ehri, Istanbul, 5/11/2004. Les réformes dans le cadre de l?harmonisation européenne ont facilité la création de fédérations.
39 Le président d?une association de hem?ehri, Istanbul, 28/10/2004.
40 Une ancienne responsable du S?DAD, Istanbul, 30/10/2000.
41 Ankara, 14/11/2000.
42 Un ancien député CHP de Sivas, Ankara, 23/11/2000.
43 Un membre de la direction de DKD, Istanbul, 13/09/2000.
44 Une ancienne responsable du S?DAD, Istanbul, 30/10/2000.
45 Avocat, ancien directeur du DKDD, Ankara, 14/11/2000.
46 Il s?agit d?une fondation alévie d?orientation religieuse et conservatrice.
47 Un membre du DKDD, Ankara, 16/11/2000.
48 Un cadre de Sivas ??adamlar? grubu, Istanbul, 25/10/2000.

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